L’endroit magique

J’essaie le plus possible d’élever mes enfants selon les valeurs de la parentalité bienveillante.  Mais, lorsque je me sens dépassée par un comportement inadéquat ou difficile à gérer je me sens parfois frustrée ou incompétente parce que cette approche est tout de même assez récente dans la manière d’éduquer et assez nouvelle pour moi pour que je ne connaisse surtout que les vieilles solutions (que l’on essaie d’éviter dans cette approche): punitions, menaces, chantage (si tu ne fais pas ceci, tu n’auras pas cela, par exemple). Je me sens alors dépassée et j’ai l’impression que je n’y arriverai pas. Pourtant, j’y crois vraiment.

Je crois que le but ultime de l’éducation passe bien plus par le développement des compétences sociales que par l’acquisition de connaissances. Par le développement personnel et la liberté d’être soi, sans la pression d’être comme les autres s’attendent que l’on soit. L’apprentissage de l’auto-contrôle et de la relation saine aux autres dans un contexte de communication non-violente, sans dominant ni dominé. Je crois que les enfants ont tout à gagner que les adultes fassent l’effort de comprendre cette nouvelle approche afin de viser les apprentissages à long terme et non juste l’obéissance immédiate obtenue par une autorité qui favorise la soumission plutôt que la coopération. Mais c’est un défi aussi car bien souvent nous n’avons pas encore beaucoup d’exemples concrets, ni d’outils dans nos références personnelles.

Je me suis donc inscrite dernièrement à une formation en-ligne dans le but de m’aider à développer ma parentalité bienveillante et surtout d’acquérir des outils concrets à appliquer dans les situations où je ne se sait pas trop comment intervenir autrement que par « l’ancienne méthode ». La formation J’éduque dans la joie offerte par la pétillante Tarisayi de Cugnac est à la hauteur de mes attentes.

Je vous partage ici un outil qu’elle propose comme une alternative à : « Va donc te calmer dans ta chambre! »

Tout part du cerveau

Les neuro-siences nous apprennent que nous avons en fait trois cerveaux:

Reptilien : siège de l’instinct

Limbique : siège de l’émotion

Néocortex : siège du raisonnement

Le reptilien

Le reptilien est le plus primitif,  il gère notre survie. Il a trois réactions possible: attaque, fuite ou fuite-attaque.

Le reptilien agit sur un plan inconscient.

Le limbique

Le limbique est le siège de notre créativité, de notre côté intuitif..

Le limbique agit sur un plan inconscient et conscient.

 Le néocortex

Le néocortex est le siège du raisonnement, c’est lui qui nous permet de faire des rapprochements entre des éléments distincts, de les comparer, de synthétiser et d’analyser toutes situations nouvelles ou non.

Le néocortex agit uniquement sur un plan conscient.

Enfance

Les jeunes enfants ont le cerveau immature, c’est à dire qu’il n’a pas terminé de se développer. Ainsi, le cerveau limbique et le néocortex ne sont pas encore assez matures et outillés pour aider l’enfant à raisonner ou à trouver des solutions créatives à leurs défis émotionnels.  Alors, le plus souvent, en cas de grosse émotion, c’est leur cerveau reptilien qui réagit par la colère, les coups, les crises. Le néocortex, celui qui raisonne les réactions et émotions n’est pas encore habile à gérer le reptilien alors les colères sont intenses et violentes, fulgurantes quoi!

Déjà, pour un parent, de savoir cela peut changer notre propre réaction face à ces comportements qui peuvent nous sembler exagérés ou inacceptables. Ils sont normaux et physiologiquement explicables.

De plus, le cerveau ne devient mature que vers l’âge de 25 ans! Alors vaut mieux s’atteler à la tâche de développer notre conscience de ce phénomène et la conscience de soi des enfants face à leur propre comportement provoqué par cet état de fait. Donc, leur apprendre à se calmer en ayant conscience que cela demande un effort et un temps de pause (pour les adultes aussi d’ailleurs!)

Le lieu magique

L’outil que propose la formatrice est en deux partie:

  • Discuter de ce concept avec les enfants, leur expliquer comment leur cerveau fonctionne en utilisant notre main.  Le pouce (replié vers la paume de la main) est le cerveau reptilien, le dessus du pouce est le cerveau limbique et la  main qui se referme sur le pouce est le néocortex. Quand on est en colère, la main s’ouvre pour laisser le pouce non protégé. Le but est de se calmer afin que la main (néo-cortex) vienne raisonner et aider le cerveau reptilien à se calmer.

Une participante à la formation à partagé un lien vers une vidéo tout à fait appropriée qui explique très bien ceci aux enfants.  Je l’ai visionnée avec mes enfants comme point de départ à l’activité.

Cliquez ICI  pour visionner la vidéo.

  • Proposer ensuite aux enfants de trouver un lieu dans la maison où ils pourront aller pour retrouver leur calme volontairement en cas de grosse colère. Dans ces situations, nous pourrons leur faire penser et  les inciter gentiment à songer à utiliser leur lieu magique le temps de refermer leur main sur leur pouce.

Après avoir visionné la vidéo, j’ai donc proposé à mes enfants de trouver LEUR lieu magique et de le décorer à leur goût. Spontanément, nous nous sommes mis à dire plutôt l’endroit magique alors nous avons adopté ce terme. J’ai aussi trouvé mon endroit magique.

Nous avons ensuite dessiné et décoré un petit bout de feuille qui allait servir à identifier notre endroit magique.

L'endroit magique

L'endroit magique

L'endroit magique

Sarah-Jeanne a choisi la salon près de la fenêtre. Et elle a décoré avec des autocollants son nouvel endroit magique.

L'endroit magique

 

Toshan a choisi les escaliers près de la fenêtre qui donne sur la cour arrière.

L'endroit magique

Et  moi aussi j’ai choisi un endroit près d’une fenêtre!

L'endroit magique

Nos endroits magiques sont prêts à nous accueillir. Pour le moment, on ne les a pas utilisés, mais on en parle lors de nos colères. La proposition se fait. Aujourd’hui, mon fils était pas mal excité et difficile à calmer et je lui ai proposé, sans résultat. Mais quand je me suis fâchée plus tard, il m’a dit: « C’est toi qui devrait y aller dans ton endroit magique. » Comme quoi, il intègre tranquillement l’outil, et moi aussi puisque ce coup-ci je n’ai pas écouté son conseil car moi-même trop emportée! Mais, on en discute souvent et je suis confiante que nous intégrerons bien l’outil dans le long terme.

Je termine avec une anecdote savoureuse: Une amie qui suit aussi la formation en a discuté avec son fils de cinq ans. Et suite aux explications sur les cerveaux, il s’est exclamé: « Ah merci maman! Je pensais que j’étais pas normal quand je réagissais comme ça avec mon cerveau! » Comme quoi, on peut leur faire confiance à nos petits et les impliquer dans les processus de compréhension de soi dès le plus jeune âge.