Les loups

Vous avez sûrement déjà remarqué à quel point les enfants sont fascinés par les loups. Mais vous êtes-vous déjà posé la question: « pourquoi? »

Les loups

Un jour, lors d’une formation sur la littératie jeunesse à laquelle j’assistais, le formateur nous a démontré que dans toutes les histoires traditionnelles où la peur jouait son rôle, c’était exactement la raison pour laquelle ces mêmes histoires fascinaient tant les enfants. Il nous lisait des versions plus douces de contes où le loup n’était plus épeurant, où il avait un tout autre rôle en nous expliquant que finalement, ces versions adoucies des histoires n’accrochaient pas du tout les enfants.

Et oui, les enfants aiment avoir peur.

Promenons-nous dans le bois…

Les loups

Pendant que le loup n’y est pas…

Les loups

Si le loup y était, il nous mangerait.

Les loups

Mais comme il n’y est pas, il nous mangera pas.

Les loups comme symbole de nos peurs. Les loups que les enfants doivent apprivoiser pour ensuite apprivoiser la peur. La peur qui paralyse, la peur qui donne des frissons, la peur qui parfois est réelle mais aussi trop souvent issues de nos pensées négatives qui veulent nous empêcher d’avancer. Côtoyer et apprivoiser les loups fictifs dans notre enfance, c’est un moyen pour être plus fort que la peur.

La peur qui fait vaincre la peur.

Le rôle très fort des contes traditionnels qui parfois nous paraissent trop violents ou épeurants.  Des contes qui agissent directement sur la psyché enfantine pour les libérer de certaines peurs qu’ils n’arriveraient pas nommer autrement que par cette peur plaisante qu’ils ressentent lors de la lecture de ces histoires de loups ou autre. Plaisante parce qu’ils la connaissent cette peur, sans savoir la nommer et qu’en la ressentant ils l’apprivoisent et la nomment. Tout en éprouvant le plaisir de la voir se concrétiser dans un contexte sain et sécuritaire, avec maman, papa ou tout autre personne rassurante qui leur lit le conte.

Se transformer en loup pour apprivoiser le loup.

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Toutes griffes dehors pour laisser la peur là où elle doit être, au loin dans la profondeur de la forêt. Savoir que le loup est loin rassure, mais savoir qu’il existe, nous rend aussi aux aguets, pour savoir le voir survenir et lui botter le derrière comme le font les trois petits cochons. Joue ton rôle monsieur le loup, mais n’essaie pas de nous manger. Car nous aussi nous sommes des loups aux grandes dents pointues.

Les loups

Même le conte Hansel et Gretel qui nous parait si horrible (dans lequel les parents décident de perdre leurs enfants dans la forêt parce qu’ils ne peuvent plus les nourrir) joue un rôle très fort dans les peurs enfantines. Une peur qu’ont tous les enfants, paraît-il, mais qu’ils ne peuvent nommer et dont les parents ne connaissent pas souvent l’existence. La peur d’être abandonné par leur parents. J’ai lu quelque part, que le fait de voir leurs peurs transposées dans une histoire forte et effrayante, rassure les enfants sur la légitimité de cette peur profonde tout en les rassurant par la fin heureuse de l’histoire. Pour nous adultes, c’est vraiment horrible comme conte mais ce que les enfants retiennent c’est que leur peur est nommée et élucidée puisque les enfants gagnent sur la méchante sorcière et retrouvent l’amour de leur parents. Pour eux qui éprouvent cette peur intangible, cette histoire  agit donc catharsis*. *Méthode thérapeutique qui a recours à lextériorisation de crises émotionnelles vécues (…) pour y trouver la solution).

Alors lisons gaiement des histoires de loups, des histoires qui en faisant peur exorcisent les petites peurs enfantines et observons les réactions fascinées, craintives et courageuses qu’elles provoquent chez nos enfants. Nous les aiderons ainsi à les exorciser. N’oublions jamais que les enfants ne nomment que rarement de manière précise leurs craintes et peurs profondes et que puisqu’ils apprennent par leurs sens, ils doivent les VIVRE à travers les histoires que nous leur lisons pour les élucider et les dompter.